mercredi 22 novembre 2017

Exocontact et perméabilité psycho-immunitaire

E.T est-il vraiment plus sain d'esprit que nous et nos dirigeants ? Voilà une question que peu se posent réellement lorsqu'on parle de contact avec des extraterrestres. Au fond l'être humain terrestre est (comme à son habitude) coincé entre deux options naïves relatives à son inexpérience et sa vision candide de l'univers. Soit E.T est pacifique, et comme il est pourvu d'une technologie propre à nous atomiser, et qu'il ne le fait pas, il est donc super gentil et super sage, tel le christ réincarné (et il est donc là pour nous sauver)... Soit E.T est méchant, et dans cas, il va, en toute logique adopter des attitudes hostiles et manifester des stratégie militaristes identifiés comme le débarquement massif, l'encerclement de la planète par une armée de soucoupe volantes, ou carrément faire exploser une ville en guise de coup de semonce... Partant de là, si E.T accepte de vous parler et de vous sourire, c'est qu'il est gentil et vous respecte. Si il refuse de vous parler et qu'il sort un pistolazer, c'est qu'il est hostile. Le cinéma a achevé d'enfoncer le clou de ces archétypes caricaturaux et naïfs par des films comme Alien, Predator, Rencontre du IIIème type, Starman, Independence Day...

Le Pied Dans La Porte

Le problème, c'est que les politiciens savent sourire, ils parlent bien, les vendeur d'aspirateur à domicile aussi, ainsi que les courtiers en assurance vie. Autant de catégories de personnes dont les objectifs sont purement égoïstes mais qui savent parfaitement tirer partie de votre naïveté pour avoir l'air altruistes et en prime, obtenir de vous ce qu'ils souhaitent. C'est la catégorie des manipulateurs, des roublards, des rois de d'entourloupe. Rare sont ceux qui envisagent E.T capable d'êtres d'aussi infâmes saloperies que nos politiciens véreux, ou ce connard qui nous a fait souscrire à une assurance vie. D'ailleurs, E.T joui souvent par défaut d'une sorte de blanc-seing divin, d'aura christique et magique, le rendant par définition incapable d'être une saloperie vénale et manipulatrice. Sauf que voilà, si E.T est vraiment très intelligent, vraiment plus évolué que nous, nous somme pour lui comme des être primitifs à la psychologie rudimentaire, aux réactions prévisibles. E.T saurait par définition exactement comment nous vriller le cerveau, se foutre de notre gueule, comment profiter de nos failles logiques, de notre naïveté. E.T est potentiellement le meilleur vendeur de téléachat, le plus talentueux publicitaire, le plus doué des commerciaux, la meilleur incarnation du stratège politique que vous n'ayez jamais rencontré: il est capable d'aller plus loin et de faire plus fort que tout ce que vous avez connu jusqu'ici.

Oui Comme In Pisse

Mars Attacks de Tim Burton est un des rare films hollywoodien à prendre la tangente par rapport à la norme binaire, et applique paradoxalement la caricature jusqu'à l'absurde, comme pour mieux se camoufler. Il s'agit bien d'une caricature, mais pas n'importe laquelle. Une lecture superficielle nous donne à voir un presque-navet mettant en scène la parodie d'une banale invasion extraterrestre à la Independence Day. Le spectateur en quête de frisson est déçu, le film ne fait pas peur, il est absurde, le spectateur en quête de rêve fantastique est dégoûté, les extraterrestres sont moches bêtes et méchants, l'intrigue parait d'une pauvreté époustouflante. Le spectateur averti se régale, car le film est un portrait satirique de l'état de la société humaine, et la démonstration de tous les pièges dans lesquels elle est susceptible de tomber en cas de contact avec des extraterrestres. Les personnages archétypaux permettent d'explorer différentes couches et secteurs culturels de la société, qui toutes ou presque, tombent moins dans le piège grossier tendu par les extraterrestre, que dans celui de leurs propres préjugés, de leurs espoirs et de leur orgueil. Dans ce scénario, l'extraterrestre n'a même pas besoin d'être subtile car l'humanité est tellement bête, présomptueuse et naïve qu'elle se tire elle-même une balle dans le pied à chaque étape, niant jusqu'au bout l'évidence par le truchement d'interprétation détournée, plus plaisante que la brutale réalité: E.T ment, il est moche, bête et méchant.

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Le personnage du Professeur Donald Kessler est probablement le plus intéressant du film quand on fréquente la sphère ufologique, car le Professeur Donald Kessler est peu ou prou l'archétype de l'ufologue. Homme de science, rationnel, sur de lui, pensant que sa science, sa méthodologie et son rationalisme le place hors de danger vis à vis des pièges de l'esprit. Il s'estime capable de comprendre l'extraterrestre du fait qu'il s'estime lui-même plus intelligent que ses congénères, et considère que l'extraterrestre, fatalement plus évolué que nous, est par définition pacifique, bienveillant et moral. C'est lui, qui jusqu'au bout réussira à convaincre ses congénère que tout ceci n'est qu'un malentendu culturel, persistant à voir en l'extraterrestre ce qu'il n'est pas, trouvant des raisons confinant à l'absurde pour expliquer en quoi et pourquoi les comportements de l'extraterrestre ne doivent pas êtres interprétés comme hostiles. Il finira par servir de cobaye aux extraterrestres qui trouvent sans doute son obstination aussi amusante que son ego démesuré.

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Une autre grande tendance est représentée par le personnage de Barbara Land, l'hippie fan de New-Age, persuadée que les extraterrestres sont là pour sauver l'humanité. Archétype de l'individu en déphasage avec le monde qui l'entour, idéaliste, déçue par l'humanité et la société... Elle attend un sauveur venu du ciel pour améliorer sa condition et celle de l'humanité, elle rêve d'évolution de conscience, de paix et d'amour. L'extraterrestre est pour elle la promesse d'un avenir meilleur, une voie de sortie, un sauveur venu ouvrir les yeux de ses congénères et faire accéder l'humanité à nouvel état de conscience éclairé. La première confrontation avec les extraterrestres sera pour elle l'occasion d'une grande déception. Néanmoins, contrairement au personnage de Donald Kessler, bien qu'elle s'avère très naïve au premier abord elle percevra immédiatement les intentions hostiles des extraterrestres, se bornant à observer les faits, et fera partie des rares personnages à survivre en un seul morceau à cette invasion.

Les autres personnages ne sont pas moins succulents. Le président des état-unis magistralement interprété par Jack Nicholson, désemparé et à la merci de ses conseillés, tantôt scientifiques tantôt militaires, incapable d'évaluer la situation par ses propres moyens. Le General Casey, préféré comme ambassadeur pour son pacifisme, sera le premier personnage humain du film à mourir. Le Général Decker son exact opposé, belliqueux, paranoïaque, sera mis à l'écart jusqu'au bout à cause de son caractère manifestement trop soupe-au-lait. Lui n'est pas sûr de son cerveau et de son rationalisme comme le Professeur Kessler, mais sûr de ses armes et de sa puissance de feu, et il finira occis compte tenu que ses tactiques "force brute" ne sont pas plus efficaces que les tentatives de négociation hallucinées du Professeur Kessler.

La manipulation mentale et l'Ingénierie sociale comme arme

La première tactique dont vont user les extraterrestres de Mars Attacks pour tromper l'humanité est d'une grossièreté déconcertante: débarquer en affirmant "nous venons en paix". L'actions belliqueuse qui suivra immédiatement cette déclaration déclenchant une injonction paradoxale faisant entrer les cerveaux dans une impasse et un état d'exception logique: C'est le bug cérébral. Il est intéressant d'analyser que dans le film, certains personnages s'attendent tellement à entendre cette phrase, ont un tel désirs d'entendre cette phrase, qu'ils mettront longtemps (voir n'arriveront jamais) a réaliser qu'il s'agit d'un mensonge pur et simple. On constatera également que ce sont les personnages les plus éduqués et sophistiqués qui seront les plus vulnérables à cette tactique, se torturant le cerveau sans fin pour essayer de comprendre, ou plutôt, pour essayer de faire coller leurs désirs avec une réalité désespérément incompatible. Les personnages moins instruits, représentants des couches pauvres et populaires de la société perçoivent immédiatement le problème, ils ne sont pas sensibles au discours, et mues par un réflexe de survie primaire et une analyse de la situation dénué de toute sophistication, ils se bornent à analyser les actes, et fuir pour survivre ou combattre et périr. Aussi, le film met l'accent sur le caractère parfaitement inefficient de la technologie pour combattre les extraterrestre, même la plus rudimentaire. En effet, Tim Burton a poussé l'image jusqu'à faire mourir bêtement tous les personnages usant d'une arme à feu. Seul un boxeur, combattant au corps à corps arrive à leur tenir tête (un temps seulement), quand à ce qui viendra finalement à bout des extraterrestres, c'est un élément absurde, décontextualisé, découvert par hasard.

Comment ne pas voir que nous sommes désespérément vulnérables à de simples tactiques de manipulation ? Les espoirs que nous plaçons en l’extraterrestre, la confiance démesurée qu'on lui accorde par défaut, le désir profond de communion et d'échange, la recherche ou l'attente d'un sauveur, d'un plus sage que nous, sont autant de failles béantes facilement exploitables par n'importe quelle ethnie extraterrestre un tout petit peu maligne. Et Mars Attacks est une caricature, l'expression grossière d'un scénario grossier, qui paradoxalement, pourrait déjà presque marcher. Alors quelle serait nos moyens de défense face à des tactiques plus rusées, émanant d’entités patientes, œuvrant sur des décennies voir des siècles, pour préparer leur venu, et justifier, auprès d'une population subjuguée, leur supériorité et leur devoir morale de sauver l'humanité d'elle-même ? Car évidemment, une ethnie intelligente et maligne pousserait la technique du "nous venons en paix" jusqu'à son paroxysme, en une sophistication qui irait au delà de ce que tous les Professeurs Kessler de la terre pourraient imaginer: Ils sauraient tirer partie de la moindre de nos faiblesse, nous induire à nous détester nous-même, à réclamer nous-même qu'on nous vienne en aide, à réclamer qu'on nous emprisonne. Comme un individu sain d'esprit qu'un psychiatre arriverait à persuader à ses propres yeux qu'il est fou, au point qu'il se livre de lui-même à l’hôpital psychiatrique pour s'enfiler tout seule une camisole de force... Pensez-vous qu'un extraterrestre vraiment intelligent n'arriverait pas à faire ça ? Il le peut, il a la technologie, il a le savoir-faire, il a la science pour le faire... Toute la question est de savoir si il en a l'intention et comment nous pouvons nous prémunir contre ce genre de chose.

dimanche 29 janvier 2017

Un mandataire sachant mandater

Savez vous ce qu'est un mandataire ? Bien-sur que vous le savez, c'est écrit dans le dictionnaire:

En droit, un mandataire est une personne qui reçoit, d'un mandant, le mandat de faire un ou des actes juridiques en son nom et pour son compte.

Spécifiquement, un mandataire social est une personne physique mandatée par une personne morale (société, entreprise, association…) pour la représenter vis-à-vis de tiers.

En informatique, un serveur mandataire est un serveur qui a pour fonction de relayer différentes requêtes.

En automobile, un mandataire automobile est un intermédiaire qui agit pour le compte de particuliers, auprès de concessionnaires-distributeurs.

Pourtant ce mot anodin s'est retrouvé au coeur d'une énigme et éventuellement le détonateur d'une réaction en chaîne imprévisible. Si le dictionnaire nous explique ce qu'est un mandataire sur le plan juridique, dans une acceptation général, en informatique et dans le cas des concessionnaires automobiles, il n'est jamais évoqué le cas de contacts via chaîne de proxy avec des extraterrestres. C'est vrai que le cas est relativement peu courant - quoi que ça dépende dans quelle réalité vous évoluez - et on comprend que le dictionnaire ne s'étale pas sur cette variante du concept. En fait, dans le langage courant, on parlerait probablement d'avantage d'intermédiaire ou de délégué je crois, mais je n'en suis pas sur.

L'histoire que je devrais raconter est horriblement longue, car elle commence même avant ma naissance en réalité, mais pour éviter d'avoir à faire la synthèse d'un historique de 50 ans, je vais placer le point de départ de l'histoire là où elle commence à me toucher plus directement.

Tout commence donc par l'apparition d'un OCNI (Objet Communiquant Non Identifié) sur un réseau social virtuel très connu. En fait, c'est l'OCNI qui m'a contacté, si on peut dire. Disons qu'il a, par les moyens mis à disposition par ce réseau social, silencieusement manifesté un intérêt pour moi suite à une blague que j'ai fait, évoquant un thème particulier: un script a probablement détecté le mot magique qui fit de moi une cible potentielle d'un obscure protocole... Au début c'était calme, j'observais l'OCNI interagir avec le monde extérieur, discrètement, ne sachant pas bien si c'était du lard ou du cochon. Mais après un certain temps, disons un an, des gens ayant identifié l'OCNI comme potentiel interlocuteur exotique lui ont fait la conversation, et moi aussi d'ailleurs, histoire de tester un peu mon interlocuteur, voir ce qu'il avait dans le ventre...

C'était pas inintéressant et au moins ça pouvait s'avérer amusant, tant qu'on restait dans cette forme intéressante de communication en zone floue, comme deux touristes qui se parlent, mais ça n'a malheureusement pas duré très longtemps... Peu de temps après, tout s'est enchaîné, voir déchaîné, car sont arrivés les ufologues, les vrais, les purs, les durs, plus précisément, le groupe d'analystes spécialement dédié au groupe d'OCNI dont prétendait faire partie cet OCNI particulier. Et à partir de là, c'est un peu comme lorsque George Clooney est identifié en train de boire un café dans la boutique Nespresso des Champs Elysées: Un attroupement de foule se forme, tout le monde veut un autographe. Au début j'ai trouvé ça drôle, mais peu à peu, j'ai quand-même eu l'impression que les ufologues me volaient mon jouet et étaient en train de le dénaturer, car, voilà qu'on pouvait parler métaphysique et création de réalité avec Dieu sait qui (on s'en fout en fait), mais les ufologues sont arrivés pour lui demander de quelle couleur était le ciel de sa planète et si ils avaient bien six doigts (je caricature, mais à peine), tout en s'accaparant l'OCNI, forts de leur science avancée dans l'analyse de l'authenticité de... Dieu sait quoi.

Je vous passe les détails, mais disons que l'existence de l'OCNI a finit par se savoir dans un cercle un peu plus large, ramifiant parmi diverses communautés de chercheurs en plus du groupe d'analyste spécialisé. D'ailleurs moi, comme j'aime bien mettre mon grain de sel, j'ai fini par indirectement faire participer d'autres analystes au grand jeu concours de "Qui c'est qui, qui aura droit à une réponse à sa question bête de la part de l'OCNI ?". Car il ne faut pas le nier, si l'OCNI perpétrait éventuellement un troll d'un nouveau genre avec étude sociologique combinée, moi, je n'en ratais pas une miette et je profitais de l'occasion pour assouvir ma curiosité en matière de sociologie, de psychologie, et de perforation des préjugés. Si je ne pouvais plus papoter métaphysique, je pouvais au moins m'adonner à mon autre hobby: l'observation de mes congénères et le troll à mon niveau.

En parallèle, j'observait l'évolution étrange des productions htmlo-poético-artistiques qu'un Ethnomethodologue (oui, rien que le qualificatif est exotique) connu dans le milieu des analystes spécialisés des OCNI au sigle non-évocateur ( )+( Non, ce n'est pas un Tie fighter... ) pour avoir été involontairement aspiré dans cet étrange dossier suite à la manifestation de...Dieu sait quoi... dans le cadre d'un truc incompréhensible dont on retiendra surtout que ça a provoqué un psychodrame d'une ampleur que je ne m'explique toujours pas (sans doute parce-que je ne suis pas un analyste spécialisé). Car pendant que l'OCNI s'exprimait - ou cessait de s'exprimer - sur le réseau social, l'Ethnomethodologue semblait produire comme une sorte de miroir de ce qu'exprimais l'OCNI... signifiant donc - si ce n'était pas une coïncidence - que l'Ethnomethodologue suivait lui aussi le déroulement de cet étrange manège. Alors je me suis dit: Allons, tentons de contacter cet Ethnomethodologue inaccessible pour lui demander ce qu'il en est, ce qu'il en pense, et si il sait des choses, et si il a un rôle là dedans. Et longtemps après, il a fini par me répondre ceci (reproduction partielle):

Un suivi interne, lors de consultation par les membres producteurs et externe par les interprétants, les faussaires, les mandataires et en parallèle avec la source. Pas d'implication directe de ma part mais une mise en délégation pour une participation indirecte.

(...)

Peut être vu comme un processus d'apprentissage systémique (avec boucles de rétroaction, sur l'individu, le microgroupe et le macro groupe) impliquant plusieurs dimensions et cibles simultanées, en réaction à des intervenants (pris pour cible ou en conflit entre eux) engagés dans l'affaire SBF, et qui prolonge l'affaire SBF d'une manière différente et par d'autres voies.

Voilà, voyez-vous, c'est en gros avec ça que j'étais censé me débrouiller, des membres producteurs, des interprétants, des faussaires, des mandataires et une source. Au mieux aura-t-il confirmé ce que j'en soupçonnais déjà: C'était affreusement compliqué et à la mesure de mes plus folles théories... C'était d’ailleurs un problème pour moi, car je cherchais une sorte de mur sur lequel faire buter mes modélisations théoriques, une limite, quoi... Et lui a fait exactement le contraire, il a abattu les limites. Je n'étais plus en face de deux ou trois protagonistes, mais d'un réseau complexe où le rôle de chacun était à déterminer, voir à identifier. Car il est une chose déjà difficile de replacer des protagonistes dans les cases correspondantes, il en est une autre de savoir à quoi correspondent les cases à remplir. Si vous ne savez pas à quoi correspond la case "mandataires" ou "membres producteurs", vous pouvez bien y mettre qui vous voulez, ça ne résoudra pas votre problème. Quand au "processus d'apprentissage systémique", là c'est open-bar, prenez le cocktail de votre choix...

Du coup j'ai soumis l'énigme à quelques contactes privilégiés parmi les acteurs-spectateurs-commentateurs du manège, hors du tumulte des analystes spécialisés, avec lesquels je gardait la distance qu'ils tenaient finalement eux-même à garder avec le reste du monde (on ne rentre pas comme ça dans le cercle des initiés)... Et tous ont eu à peu près le même raisonnement que moi:

Les faussaires on peut voir ce que ça peut être, mais qui est-ce exactement ? La source on devine ce que c'est. Les interprétants bon ben c'est nous, les ploucs. Mais c'est quoi les membres producteurs ? Et Les mandataires, mais fichtre, qu'est-ce qu'ils viennent faire là ?

Evidemment, se posait la question de la pertinence de l'Ethnomethodologue: Savait-il vraiment de quoi il parlait, ou est-ce qu'il nous racontait juste des trucs pour enfumer encore plus, voir, tout simplement pour se la péter ? (je n'ai jamais perçu la moindre arrogance de la part de cet individu, mais tout le monde semble en voir... comme j'ai une perspective bizarre, après tout, je ne vois peut-être pas correctement ). En attendant que les choses évoluent ( dans un sens indéterminée ) je gardais sous le coude et dans un coin ce témoignage énigmatique tout en surveillant le manège, participant ici et là, en tant que touriste agitateur, tantôt pour, tantôt contre.

A ce moment de l'histoire il est bon de dessiner une carte de la géographie sociologique du système intergalactique de l'OCNI du réseau social. Autour de l'OCNI gravite de nombreuses personnes évidemment, mais nous allons identifier en gros deux galaxies (que je connais: les autres, c'est un mystère). D'une part les analystes spécialisés, constitué d'opinions assez homogènes, et bien que partageurs, préfèrent garder leurs débats dans leur coin et discuter entre eux. Ils ne sont pas très faciles d'accès, ils sont très sérieux, très studieux, très spécialistes et donc un peu élitistes... De l'autre, nous avons la galaxie que j'appelle Les Animaniacs, qui gravite principalement autour d'un blog à l'ambiance plus légère et ouverte, tenu par une analyste indépendante. Cette galaxie est constituée d'opinions beaucoup plus hétérogènes et le théâtres de débats et commentaires éclectiques. C'est une galaxie de non-spécialistes, peu studieux, voir carrément turbulents (voir malade mentaux en fait, on se demande). Ces deux galaxies se mélangent mal bien qu'elles communiquent, car les spécialistes sont très sérieux et très enthousiastes, tandis que les Aniamiacs ont du mal à se prendre au sérieux, pas vraiment studieux, et vont de l'hyper-enthousiasme fanatique au scepticisme pur et dur avec toutes les nuances de fluo qui existent à coté. En ce qui me concerne, je gravite principalement dans la galaxie des Animaniacs, en fait, je suis un Animaniac.

Il se passa des mois et pas mal de choses qu'il serait inutile de détailler ici, tant il faudrait entrer dans les détails du contexte de l'affaire dans sa globalité pour qu'elles prennent sens. Résumons simplement: D'une part, un des analystes spécialisés à publié un livre en rapport avec cet OCNI de réseau social et ses révélation fracassantes concernant l’effondrement financier global (j'écrirais peut-être un article là dessus, ça mériterais qu'on s'y arrête)... Et dans la foulée, de nouvelles "lettres" attribuées au groupe d'OCNI furent révélée au groupe d'analystes spécialisés. Mais ces "lettres" posaient quelques problèmes de cohérence avec le reste du dossier. Le groupe d'analystes spécialisés a donc décidé de poser la question à l'OCNI du réseau social pour savoir ce qu'ils devaient penser de ces incohérences: Qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est faux, pourquoi ces bifurcations ?. Et l'OCNI a répondu, il a répondu truc incompréhensible, mais avec un mot très intéressant...

Le texte entier peut être validé* ou disqualifié par chacun des deux mandataires suggérés dans la missive précédente.

*contenu à usage filtrant?

Vous avez vu la galipette, là ? Même moi j'ai du mal à en faire des comme ça, pourtant je suis souple... Bon, si tout le monde fut un peu frustré de cette réponse compte tenu qu'elle n'explique à peu près rien et qu'on peut l'interpréter dans toutes les directions qu'on veut, moi elle m'a tapé dans l’œil et elle m'a fait rire (les galipettes ça me fait rire). Et évidemment, nombreux se sont demandés, en dehors de savoir ce que pouvait être un contenu à usage filtrant, ce que foutait le terme "mandataires" dans ce contexte. Bah, moi je l'avais déjà vu, ce terme mandataires, alors je leur dit à tous: Faut demander à l'Ethnomethodologue ! ça sent le jargon d'Ethnomethodologue ça, j'y connais rien, mais lui il doit savoir. Autant dire qu'évoquer l'Ethnomethodologue dans ce contexte c'était un peu comme évoquer la sorcellerie dans une conférence de Zététique... l'Ethnomethodologue d'ailleurs, j'avais remarqué qu'il commençait à bouillir et produire des choses bizarres sur sont blog en Html-1.0, mais pour le coup, je ne m’attendais pas à ce qui allait se passer.

D'une part, environ 24h à 48h plus tard, l'OCNI du réseau social supprima sa galipette avec le mot "mandataires", pour la réécrire exactement pareil, mais cette fois avec un mot, disons, plus neutre que "mandataires"... Alors évidemment, ceux qui n'ont pas suivit n'y ont probablement vu qu'une correction mineur et sans importance notable, mais vu de chez moi, ça clignotait rouge écarlate. Déjà, même si l'OCNI n'était pas exempte de faire des erreurs, il lui arrivait très rarement de supprimer un de ses messages pour le corriger, mais en plus, c'était là pour corriger le fameux mot qui m'avait tapé dans l'oeil. Là c'est sur, il s'était passé quelque chose, mais quoi ? D'autre part, quelques jours plus tard, l'Ethnomethodologue a produit une oeuvre poético-symbolique d'une nature tout à fait innovante et bourrée de signifiants qui allait marquer le point de départ d'un nouveau paradigme dans cette affaire: Les deux énergumènes, NRphage et Tweetivore face aux contraintes du nouveau jeu de rôle multi-joueurs

Ayant remarqué le passage de la comète lancée par l'Ethnomethodologue, j'en fit part aux autres Animaniacs, et la nouvelle sera finalement rendu d'avantage publique. Les réactions furent... étrangement, absentes. Je m'attendais à une véritable révolution, surtout du coté des analystes spécialisés, mais il n'en fut rien en réalité, car il semble qu'ils ne veulent même plus entendre parler de lui tant celui-ci fut un des centres du psychodrame qu'on appelle "L'Affaire SBF". En tous cas, ils en ont peut-être parlé entre eux, dans leur temple dédié, mais je n'en ai rien vu. Pour ceux qui avaient foi en l'OCNI, l'Ethnomethodologue n'était qu'un fabulateur, pour ceux qui voyaient en l'OCNI un faussaire, on le soupçonnait d'en être carrément à l'origine... Au fond j'avais du mal à comprendre en profondeur les diverses réactions vis à vis de l'Ethnomethodologue.

Ceux que ça intriguait le plus étaient les Animaniacs, et de débat en débat, j'ai finalement émit l'idée d'entamer un dialogue avec l'Ethnomethodologue. Evidemment, les choses étaient trop simples et pas assez amusantes si tout ça avait été fait par E-mail et consultations privées, j'ai donc eu l'idée d'établir un contact d'un genre un peu particulier, en accord avec le mode de communication de l'Ethnomethodologue, c'est à dire par blog interposées et via des contextes et des personnages transposées. Idée validée, c'est la taulière du blog, qu'on nommera Alice, qui communiquera avec l'Ethnomethodologue, avec une assistance de ma part pour faire quelques compléments de traductions, des fois que. L'idée était loufoque, et le résultat pas du tout garanti, mais néanmoins, l'Ethnomethodologue se prêta au jeu, et répondit avec d'autres énigmes...

Difficile d'y voir clair, même si les choses commençaient à prendre forme. A vrai dire on pourrait même se demander pourquoi faire autant de mystère ? Si il est question de services de renseignement, pourquoi ne pas les désigner plus clairement ? Encore une fois, les rôles et leurs cases étaient difficiles à remplir, mais on commençait à entrevoir une histoire souterraine insoupçonné jusqu'ici. Etait-ce réellement très complexe, ou bien tout ceci était il rendu artificiellement complexe par l'Ethnomethodologue ? C'est vrai que dans ce dossier, on fini par s'habituer aux propositions impossibles à trancher, on apprend à naviguer dans la zone grise entre le "vrai" et le "faux", suspendu à l'incomplétude. J'ai même fini par y prend goût.

Mais l'Ethnomethodologue ne s'arrêta pas là, et un tout nouveau schéma se dessinait, une sorte d'écho aux premières informations fournies, mais toujours sous forme énigmatique, encodées, ou en variantes mémétique.

Ca, il faut être sportif pour suivre et je réalise au moment où j'écris ces lignes, que quiconque n'a pas eu connaissance de la mise en place de ce protocole de communication non-ordinaire, de son contexte, à la fois présent et passé, doit percevoir tout ceci comme une sorte de commentaire sur les conversations que peuvent avoir des schizophrènes entre eux. C'est pas loin d'être impossible à comprendre. Aussi, je crois, avais-je pressentis la tournure que ça allait prendre en songeant à cette scène avant même les premières réponses de l'Ethnomethodologue. C'est vrai qu'on pourrait se poser la question en fait... et si tout ceci n'était qu'une histoire de fous au sens propre du terme ?

ummo-troll-d.png Et pendant tout ce temps, l'OCNI ne communiquait plus. Oui car finalement, tout ça ça concerne cet OCNI, qu'on aurait presque oublié avec tout ça... Entre les mandataires, les faussaires, les contactés, les pieuvres et les langoustines, on ne sait toujours pas vraiment qui est qui, quel est le rôle de qui, et on a même pas évoqué les Ephemeropteras ni les Brundle Mouches d'Interface Linguistique...

Dire que des gens achètent des Rubik's Cube, des casse tête chinois, des jeux vidéos ou des romans pour occuper leur mornes soirées... Alors qu'il suffit d'être simplement aspiré par l'Affaire UMMO et son improbable "réseau de rétro-action", comme dirait l'autre. Alors est-ce que tout ceci est terminé ? Avons-nous finalement, d'une certaine manière, le fin mot de cette histoire ? l'OCNI serait... un "contacté faussaire" qui parle trois langues, connait le dossier sur le bout des doigts et aurait accès à des informations à priori privés sur certains membres de la communauté des analystes spécialisées ? Un gigantesque troll qui dure depuis 4 ans ? Car les analystes spécialisées ne sont certes pas étouffés par les précautions, mais ils évitent tout de même de tomber dans le premier piège venu, et il semble que l'OCNI leur ai fournit, d'une certaine manière, la preuve qu'il était bien un interlocuteur authentique.... Comment un vulgaire troll ferait-il celà ? Si c'est un troll, c'est du lourd, de l'institutionnel... Mon intuition me dit que non, ce n'est pas terminé, et que tout ceci n'est qu'une étape, voir une circonvolution débouchant sur quelque chose d'encore plus bizarre.

Voir aussi:

mercredi 28 décembre 2016

La mutation d'internet 2.Ego

De mon temps

"De mon temps", c'est la formule consacré des vieux cons, et je suis devenu un vieux con d'internet, de ces types qui l'ont connu à une certaine époque, qui l'ont vu changer et déplorent le changement (sinon je serais un vieux sympa à la mode, pas un vieux con). Oh je ne suis pas le plus "vieux" con d'internet, puisque je n'ai découvert le réseau qu'à partir de 1998, ce qui m'a permit de connaître ce que nos valeureux Kevin de notre époque moderne n'ont pas connu, à savoir le "nuke" (WinNuke), qui n'est pas une drogue, quoi que devenu addictif chez certains sujets... En fait, à cette époque, tout internet était un peu un "darknet", sauf qu'il était globalement fréquenté par des gens un peu plus raisonnables et sains d'esprit que ceux qui remplissent maintenant ces zones obscures (on y trouvait pas, sauf exception, de terroristes, de cannibales ou pire encore parmi ce que la nature humaine peut produire). Ceux qui ont connu cette époque savent ce qu'est le site rotten.com ou perdu.com sans aller voir (ouais allez voir), car ils les ont déjà consultés à l'époque... reflets (très partiel) d'une époque ou internet représentait une forme de dissidence avec le "monde normal", un gentil décalage avec l'univers policé, gentil et hypocrite des médias, de l'école, du travail...

Mais ce n'est pas l'aspect que je veux souligner, bien que tout soit lié d'une certaine manière. La véritable révolution d'internet à l'époque c'était moins qu'on pouvait y découvrir des images d'autopsie (on peut trouver bien pire maintenant) ou des non-sens cybernétiques à caractère humoristique, que le fait qu'on y trouvait des espaces de discussions et de débats que je qualifie d'horizontaux, que sont les forums et les canaux IRC. Horizontaux, car il n'y avait pas, ou très peu de hiérarchie: tout le monde échangeait et débattait sur un pied d'égalité, exception faite des modérateurs qui à l'époque, étaient généralement aussi zélés qu'un gardien de nuit d'une usine désaffectée: A la limite, voir des cons se bagarrer dans sa zone de contrôle, ça le faisait marrer, ça ou un match de catch truqué à la télévision, après tout. D'ailleurs les zones sans modérateurs étaient fréquentes et comme ça c'était clair: anarchie totale, même pas un con pour nous emmerder si on s'amuse à flooder comme un débile mentale... A la charge des utilisateurs de mettre l'importun en "ignore list" si il devenait trop bruyant. Ca c'était une révolution, car nous vivions dans un monde réel qui reste le notre, où la parole et l'opinion est réservées à l'élite: La télévision, le journal, le politicien, l'auteur à succès, et de manière unidirectionnelle en plus, sans qu'on puisse lui répondre, car tout ça c'était du "broadcast", t'as le droit de manger ou pas, mais pas de vomir sur "l'interlocuteur". L'anonymat, évidemment, jouait beaucoup: Nous n'étions personne, personne n'était "quelqu'un" et sauf exception, personne ne se connaissait en dehors de cette dimension parallèle qu'était internet. Discussions et débats sans conséquences réelles, désinhibant les opinions et les comportements normalement restreints pour le maintient d'une image sociale tolérable.

La mutation

Le glissement il a eu lieux aux alentours des années 2000, après l'an 2000 en fait. En France on peut identifier un élément clef qui fera d'une part jurisprudence et d'autre part posera le point de départ d'une lente colonisation d'internet par le "monde normal". Cet élément clef c'est l'affaire Altern.org, connus de tous ceux qui étaient sur le réseau depuis avant les années 2000. C'est l'histoire d'une mannequin femme d'un moyennement célèbre chanteur fils d'un chanteur très célèbre qui n'a pas aimé que VSD publie des photos d'elle (Estelle Hallyday) à poil, et qui par ricochet, n'a pas aimé qu'un gus dont le site web était hébergé sur les serveurs d'Altern.org dispose ces mêmes photos scannées depuis VSD, sur ce qu'on allait bientôt appeler "L'Internet". La justice, elle, étant peu (euphémisme) au fait de la technique de ce monde bizarre et inconnu où les droits d'auteur, les règles de publication/reproduction avait autant de sens qu'un hélicoptère qui fait de la gymnastique dans une équation d'Einstein, a décidé que le coupable était le taulier d'Altern.org, jugé responsable au même titre qu'un rédacteur en chef ou un patron de magazine est jugé responsable du contenu qu'il laisse diffuser dans son torchon. Ce fut la transposition hybridée et complètement mutante d'une loi conçu pour le monde normal, appliqué à une dimension parallèle... Altern.org n'étant ni un journal ni une revue ni un auteur, mais un simple hébergeur de contenu publié par d'autres.

On pouvait s'en douter, si Estelle Hallyday - ou ses avocats - avaient remarqués la présence de ces photos sur internet, c'est bien qu'Internet était en train d'élargir son public. Désormais, même les ploucs et les nazes étaient en train de s'intéresser à notre précieuse dimension parallèle, jusqu'alors restée sous contrôle (ou plutôt, sous non-contrôle) stricte des geeks et des nerds. Mais le pire aspect de cette affaire, c'est qu'à partir de là, la paranoïa allait commencer à envahir le réseau, car oui, il fut donc démontré que si on diffusait ou hébergeait des choses pas net ou qui ne plaisent pas sur internet, on pouvait s'en manger une pour de vrai. Le terrorisme intellectuel du monde normal contaminait doucement la toile. C'est peu après cet événement qu'il est devenu à la mode à la télévision de formuler des adresse web ("retrouvez nous sur http://www.tf1.fr", à l'époque les navigateurs ne faisaient pas la complétion automatique, haha !... ), les journalistes et les professionnels des médias n'ayant (à l'époque) par encore réalisé qu'Internet n'était pas un simple espace publicitaire, à l'époque donc, Internet c'était génial. C'est vers cette époque aussi qu'on l'a affublé d'un "L'", sorte de tatouage (pourquoi pas "LE Internet, pendent que t'y es, genre ?") utilisé par la caste des émirs médiatiques comme pour se l'approprier et le domestiquer (bon, on a survécu à "cédérom", un L' c'est pas si grave).

Les métastases

C'est peu après les célèbres attentats sous faux drapeaux... je veux dire, officiellement commit par des islamistes avec des cutters... symbole de notre époque et peut-être même d'Internet (et non de L'Internet, excusez moi, je suis de la vielle école), que le réseau fut pris d'assaut par une population beaucoup plus large, attirés par les campagnes de promotion médiatiques, facilité par la technologie (démocratisation de l'ADSL). Nous allions être envahis d'un coté par une toute nouvelle génération de curieux, et de l'autre, par le rouleau compresseurs des grandes corporations et des entreprises dont laver le cerveau des masses est un business séculaire. Dans le même temps, Google prenait son essor (car oui, Google n'a pas toujours existé, il n'est pas de toute éternité), ou plutôt, décollait comme une fusée, laissant Altavista sur le tapis dans le coma et Yahoo plié en deux suspendu au lustre (le second rachètera le premier, comme tant rachetèrent d'autres à partir de cette époque, une autre histoire de Dallas numérique). Entre temps, Windows 2000 était sortie, et le WinNuke ne fonctionnait plus... ce n'était pas très important, car dans le même temps, les plateformes de discussion ont mutées elles aussi, les adresses IP devenaient des choses privées, et la grande majorité des nouveaux ploucs se rassemblaient dans de vastes fermes industrielles conçus spécialement pour eux, comme Caramail ou Doctissimo... Ces deux mondes, l'ancien et le nouveau, cohabitèrent un temps, se mélangeant de temps à autre, le nouveau monde s'étant inspiré de l'ancien, les poissons d'eau de mer pouvait encore nager dans l'eau demi-sel ou gambadaient les poissons d'eau douce, de nouvelles niches écologiques se reformaient, ça restait intéréssant, car les débats horizontaux restaient le principal mode d'échange.

C'est alors que se produisit un truc incompréhensible d'un certain point de vue, mais logique d'un autre: L'émergence de ce qu'on appelle les "blogs". Dans l'ancien monde, un blog, ça s'appelle un "site perso", c'est un truc tenu par un ou plusieurs types, fait avec leurs mimine à eux, qui y exposent leur passion pour la couture, les voitures de tuning, ou les bombes artisanales, agrémenté de quelques actualité et mise à jour, souvent avec un Gif animé "EN CONSTRUCTION" clignotant, parce-que personne n'assume d'être pas foutu de faire un site web qui ait de la gueule ou avec du contenu. Le blog, ce sont les médias, encore eux, qui en ont fait la promotion, nous expliquant comme c'est génial de raconter sa vie de merde en temps réel différé sur internet, décrivant cette nouvelle mode de l'égocentrisme assumé comme un truc absolument génial et carrément cool. En fait, ce sont probablement les journalistes qui les premiers on trouvé ça génial, renouant en quelque sorte avec la tradition de l'envoyé spécial qui raconte ce qu'il voit, enfin, ce qu'il peut voir, disons, ce qu'on lui dit de voir, sur le terrain des opérations. Chouette, même la chroniqueuse de télé-matin allait pouvoir faire son "reportage spécial" en pseudo-live sur internet, en directe de sa sale de bain. Et ça, c'était que le début, parce-qu’ayant flairé le bon plan, les professionnels de la ferme des milles moutons en on fait un business: Skyblog, Overblog, Myspace... plateforme de blog industriel proposant au quidam de se munir de son petit espace d'expression personnelle préfabriqué.

C'est là que la forme d'Internet a véritablement changé. D'une part, les utilisateurs n'étant plus forcé de concevoir eux-même leur site web, on naviguait dans le préfabriqué standard, sorte de résurgence soviétique, où chacun exprimait son originalité en changeant le fond d'écran et la couleur du texte. Exit donc les productions artisanales originales (et éventuellement d'un mauvais goût à faire peur à Beetlejuice), faire des sites web, c'était désormais l'affaire de professionnels du Cyber-BTP. Mais plus grave, on était en train de modifier le mode d'expression en vigueur sur internet, proposant à chacun d'ouvrir son petit espace d'expression personnel où il pouvait s'écouter parler, raconter sa vie, maître absolu de son petit territoire dédié, sur son petit piédestal confortable. D'un espace d'échange horizontal, nous sommes donc passés à une constellation de petits égos séparés les uns les autres jouissant de leur espace d'expression nombriliste privilégié. Le concept même de "débat" disparaissait, laissant la place à celui de "commentaire", on vit donc naître le terme "rageux", désignant l’outrecuidant "commentateur" critiquant le petit monarque qui s'est quand-même fait un blog perso pour s'épancher peinard. Le Web 2.0 était en train de naître, et le pire dans l'histoire, c'est qu'ils allaient le qualifier de "Social", comme pour expliquer à quel point l'ancien ne l'était pas.

Le cancer généralisé

Alors que les blogs - expression de l'égotisme humain flatté et conforté - se multipliaient comme autant de cellules mutantes, les modérateurs ou tauliers des anciens espaces d'expression horizontaux, devenant paranoïaques sous la pression d'une société devenu de plus en plus sujette au délit d'opinion, soit disparaissaient tout simplement, soit devinrent ce qu'ils étaient destinés à devenir, c'est à dire des enclos où s'entassaient du bétail bien élevé sévèrement contrôlé et encadré par des supplétifs de la police intellectuelle. Le modèle se généralisa, même dans les petites structures, car n'est-il pas bon d'être gardien de troupeau ? Alors les diverses expressions et variations de L'Expérience de Stanford se multiplièrent, et la fameuse "horizontalité" disparût même des lieux théoriquement propices à leur maintient. La malédiction avait tout corrompu, ne subsistaient que de rares niches écologiques, peuplés de vieux requins et de trolls velus de la vielle époque dans des lieux reculés, en désertification croissante.

C'est à ce moment là qu'est arrivé le coup de grâce. Une petite bande de ploucs étudiants de l'université d'Harvard, techniquement pas complètement nuls, on repensé le concept du blog pour en extraire la substantifique moelle pourrie et le centraliser encore mieux. L’alliance génial du "moi-Je" et du "3615 ma vie" porté à son paroxysme adjoint à "j'ai des amis et donc de la popularité". Le terminus final du processus de crétinisation, ou en plus de raconter sa vie parce-que l'interface nous le demande carrément, la sécurisation total de son espace d'expression avec l'assurance qu'on a que des amis qui nous lisent, un bouton "like" sans contrepartie "dislike", le monde des bisounours égotiques par excellence: Facebook était né. Et là, évidemment, on nous parle de révolution, on nous explique que c'est carrément génial, et que c'est l'aboutissement suprême de L'Internet, le deux point zéro, le web social, les "réseaux sociaux"... Une sorte de prison à ciel ouvert sous haute surveillance, astucieusement architecturé pour s'assurer que chaque individu resterait isolé dans son réseau sécurisant habituel, et donc soumis aux mêmes pressions sociales que dans la vie dite réelle... Car dans Facebook, plus d’anonymat non plus, non, vous êtes prié de décliner votre identité, voir même de la faire vérifier et valider. Un chef d’œuvre de machiavélisme, le pire poignard dans le dos qu'internet n'ait jamais connu. Même Google, n'a pas osé, sauf après, pour copier et concurrencer.

Le bilan

Le résultat il est pitoyable, Internet n'est plus qu'une somme d'égos qui se partagent un espace d'expression infini dans un confortable monologue pour la conquête d'un public. Les gens s'émerveillent d'un "Internet" qu'on leur présente comme un formidable lieu d'expression qui n'est plus qu'un miroir modifié de la société du spectacle et du star-system. On en est au point où des "commentateurs professionnels" produisent leur propre contenu en vidéo, se filmant devant une camera, comme le mythique chroniqueur TV, pour commenter tantôt l'actualité, ou le commentaire pourri du concurrent. Commenter, commenter, commenter, internet est devenu un vaste réseau de commentaires, avec quelques rares producteurs de contenus. Plus personne ne débat, plus personne n'échange des idées, n'argumente... on "commente"... Et voilà, moi, je commente le résultat du match entre un monde qui était axé sur l'échange et le débat, l'expression d'égal à égal, qui s'est fait colonisé et envahir par la merdasse de la mentalité médiatique (dont commenter est le métier depuis 250 ans), réintroduisant la hiérarchie à tous les étages, les galaxies de fans passifs, recentrant tout sur l'ego de la star montante, descendante ou de proximité, et son extraordinaire faculté à subjuguer des foules, faire de l’audience, et générer des commentaires... "Likez s'il vous plaît !", "mettez un pouce vert !", "abonnez vous !"... quelle déchéance.

Vous avez pourri mon Internet...

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