Nihilisme transitoire

Au bout du bout, et une fois le raisonnement sur l'existence rebouclé sur lui-même, aucune métaphysique, aucune religion, aucune croyance ne peut donner du sens à l'existence.

On peut trouver mille excuses ou mille raisons de "vouloir vivre" plutôt que de mourir tant qu'on reste dans un contexte local. De notre propre égoïsme à profiter des instants de la vie, à quelques pensées altruistes concernant nos proches, sur un plan plus globale, à la survie/progrès de l’espèce, ou encore un dessein divin quelconque, mais au dessus de tout ça, il ne subsiste aucune raison valable à l'existence.

Exister, et vouloir exister, est une pulsion irrationnelle, une folie. Je suis généralement aussi peu comprit sur ce plan que je ne comprends mes contemporains. On peut se battre pour la vie, pour la "néguentropie" ou ce qu'on veut, mais il reste inévitablement la question: Pourquoi faire ? pour quelle finalité ? A qui profite le crime (de l'existence) ? Qui serait dérangé, outragé ou triste d'un non-univers, de l’inexistence de toute chose ? Les êtres qui n'existent pas ? Non, puisqu'ils n'existeraient pas...

Si l'univers est un système totalitaire où il est question de "remplir sa part du contrat" pour satisfaire aux besoins d'une quelconque divinité, soit, mais alors pourquoi s'étonner que le monde ait la forme qu'il a ? Il ne serait jamais que le reflet de l'univers lui-même, un système de concurrence où il y'a des gagnants et des perdants, des "réussis" et des "ratés"... Ou un système où le plus obéissant est le mieux récompensé... On trouvera toujours des "ratés", des "infortunés" de l'existence que le "Divin" ou le "Hasard" aura fait "rebelle" ou "non conforme" aux canons... Pourquoi donc s'émouvoir du cynisme d'un monde injuste, si l'univers est déjà injuste ?

Quand aux objections portant sur le "libre arbitre", je peux les balayer d'un seul argument: Personne n'a demandé à exister. Par quelle obligation donc, devrait-il être "heureux d'être là", remercier qui que ce soit, et se voir affublé de responsabilités (dont virtuellement il n'a jamais voulu) vis à vis de la conduite de son existence ? Toute existence sur terre est le fruit tantôt d'un mécanisme amoral (pulsion biologique de reproduction), tantôt d'un égoïsme (le désirs des parents de faire des enfants). Qu'en est-il à l'échelle cosmique ?

Quand j'aborde ce sujet, en général les gens sont tantôt désemparés tantôt paniqués... Il est vrai aussi qu'aucun argument en faveur de la vie ne résiste à l'absence totale de nécessité... Exister n'est pas nécessaire, ce n'est qu'un arbitraire.

Pour sur, pour qu'une espèce intelligente perdure, il lui faut garder une raison de continuer d'exister et de procréer, au moins par pure hédonisme, sans quoi la logique la conduit inévitablement à cesser de participer à ce jeu absurde. Et très logiquement, toute espèce intelligente qui subsiste dans l'univers, est fatalement pourvu de conformations idéologiques compatibles avec la survie et la nécessité de survivre (ne serait-ce que par obéissance craintive à un commandement divin)... Mais est-ce bien raisonnable ?

Commentaires

1. Le lundi 22 décembre 2014, 10:31 par ishtar

Je pense pour ma part qu'il n'est pas raisonnable de vouloir donner un sens à la vie.
Car c'est cette volonté de vouloir donner un sens à quelque chose qui au fond empêche de vivre,tout simplement.
C'est un peu comme si on prenait un problème à l'envers : on a un résultat de base hypothétique et on essaye par tous les moyens de trouver et de s'imposer son développement,tout en n'étant pas certain que ce résultat soit un idéal de vie.
Pas étonnant dans ces conditions de considérer la vie comme une sorte d'aberration.
Le sens d'une vie n'a de valeur que par rapport aux sentiments et émotions que chacun éprouve,tout du moins concernant l'espèce humaine.
Cette dernière ne semble pas avoir encore totalement compris que le monde qu'elle expérimente n'a pas forcément les mêmes buts que ce qu'elle suppose qu'ils doivent être.Car à l'observation il semble que le monde n'a pas été créé "pour" les êtres humains alors qu'ils sont persuadés du contraire.Pour autant cela ne signifie pas que sa présence n'y soit pas légitime.
Cela signifie tout simplement que si l'homme veut trouver un "sens à la vie" dans ce cas il se doit de prendre en compte tous les paramètres de cette dernière,or nous savons tous que nos fonctions cognitives ne nous le permettent pas.
Il est plus "juste" je pense,ou tout du moins plus accessible,de se pencher sur le sens de sa propre vie à travers les filtres qui nous caractérisent sans vouloir s'imposer certains qui ne nous sont pas accessibles(ce qui fait que lorsque l'on utilise ces filtres la vision est déformée puisque non contrôlée).
Et ainsi,en voulant englober le monde on oublie qu'on en fait parti.Comment trouver notre place si nous ne sommes même pas conscients de nous même?Car c'est à partir de cette place que nous pourrons donner un sens (relatif)à la vie.
L'autre jour une dame de 80 printemps m'a fait exactement la même réflexion "la vie ne sert à rien",la réponse qui m'est sortie instinctivement c'est "la vie est faite pour vivre",ça a l'air simplet comme réponse mais elle nous a fait réfléchir toutes les deux,c'est tellement évident...qu'on l'avait oublié...

2. Le mercredi 24 décembre 2014, 13:12 par m51m51

« Exister, et vouloir exister, est une pulsion irrationnelle, une folie. Je suis généralement aussi peu comprit sur ce plan que je ne comprends mes contemporains. On peut se battre pour la vie, pour la "néguentropie" ou ce qu'on veut, mais il reste inévitablement la question: Pourquoi faire ? pour quelle finalité ? A qui profite le crime (de l'existence) ? »

Effectivement vos questionnements sont déstabilisants d’autant plus qu’ils résonnent comme l’écho étrange et assez sulfureux d’un curieux livre intitulé « Zero, the story of terrorism » de Robert Payne. On trouve dans ce bouquin, notamment dans les chapitres « The Nechayev Monster » et « The Nature of the Nihilist Mind » quelque chose qui se rapproche d’une certaine façon à vos questionnements.
Sans vouloir faire de long discours et ma réponse va peut-être vous paraître absurde, mais une des raisons du pourquoi de la vie ne serait-elle pas justement de permettre de se poser ces questions et ainsi de créer les conditions de l’émergence vers un au delà qui nous éloignerait de la bouillie du néant ? Pour prendre une autre image qui vaut ce quelle vaut, le chemin de la vie ne ressemble-t’il pas aux cheminements de Dante dans la divine comédie et la traversée des différents cercles de l’enfer n’est-elle pas finalement un parcours initiatique qui nous permet d’atteindre la « montagne de Qâf » (cf « l’archange empourpré ») ou dame Béatrice ? Il est vrai que sur le chemin il y a beaucoup de « filets » pour nous éviter de prendre cet envol comme par exemple ce monstre de Nechayev que l’on pourrait considérer comme « le principe entropique » et non pas « anthropique » si l'on voulait le décliner sur cette planète.

Merci Isthar, je pense qu'il est important d'exprimer le vivre et l'importance de celui-cI, son invention immédiate et infini par tous les habitants du cosmos.

3. Le lundi 29 décembre 2014, 09:45 par ishtar

Il est certain que la dichotomie corps/esprit pose un problème à l'espèce humaine(et je me demande dans quelle mesure cette réalité influe sur nos notions dualistes).
De cette dichotomie sont souvent issues les questions philosophiques qui portent sur le sens de la vie car on ne cesse d'osciller entre les impératifs de la matière et les aspirations de l'âme.
Il est étonnant de remarquer qu'un enfant par exemple, qui est censé reproduire et développer un schéma inscrit et commun à tous de par sa génétique mais aussi par mimétisme,pose des fois des questions comme "pourquoi on a pas d'ailes?"d'aucun dirait qu'il ne s'agit là que d'un positionnement de l'enfant pour comprendre ce qu'il est mais ce questionnement est devenu tellement obsédant pour certains que nous en avons créer les avions.
Je crois que la particularité de l'humain c'est que son esprit est capable de choses dont le corps ne peut,par définition,connaître.
Mais je pense que l'erreur de jugement principale concernant les limites de cette enveloppe charnelle est d'être persuadé qu'elle est une entrave à l'expression de notre âme.Certes les limites sont là,les obligations sont là mais en aucun cas elles ne nous empêchent de développer et de vivre à travers cette part d'esprit les expériences corporelles.
Je dirais même que cela donne du "piquant",en effet,ne vous est-il jamais arrivé de vous lasser d'une activité dont vous maîtrisiez parfaitement les tenants et les aboutissants?ou de vous lassez d'un jeu car vous aviez déjà toutes les cartes maîtresses?
Je ne sais pas si l'univers ou le monde est injuste,je constate que mes pairs peuvent l'être suivant des critères qui nous sont propres et suivant ces mêmes critères je ne saurais dire donc si je suis apte à poser un jugement si sévère sur l'ensemble de la création, surtout à travers un filtre aussi restreint et subjectif.

"Merci Isthar"
Je vous en prie :) à votre service.

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