L'impasse Nuit Debout

L'honnête et vraie question, est en réalité: Pourquoi Nuit Debout finira en eau de boudin si elle persiste à se laisser piloter par l'extrême-gauche ?

Le rebelle a besoin d'une autorité pour exister

Alors que la "Nuit Debout" se transforme en fête de la musique, de son coté, Lordon faisant mine d'être méchant, précisant un peu son ennemi (à la "violence du capital", se joint désormais la "violence identitaire raciste"), s'est fendu en toute fin de discours, et de manière bien évasive, de rappeler qu'en parlant du TTIP, ils pourraient sensibiliser les agriculteurs et donc, les fédérer... mais mais mais... attendez une minute.

Il était entendu que la "Nuit Debout" était un rassemblement citoyen, non ? N'est-ce donc pas le peuple qui se révolte et se réveille ? Pourquoi vouloir fédérer les agriculteurs, pourquoi vouloir le concours des syndicats ? Parce-qu’en réalité, malgré ses faux airs de Ghé Guevara, Lordon (pas plus que Ruffin) n'est pas du tout en train d’appeler à la révolution... mais simplement à la "contestation". Lordon ne veut pas renverser le gouvernement, il ne veut pas changer le monde, il veut faire ce que les syndicats et l'extrême gauche font depuis trente ans: Faire un caprice pour éventuellement obtenir de son maître, qu'il accède à sa demande.

Voilà pourquoi ces gens se foutent en réalité de la démocratie ou de la représentativité de leur fête de la musique debout, la question ne se pose pas pour eux, jamais, car il n'a jamais été question de renverser l'ordre établi, mais uniquement de le faire chier, d'une part pour se donner de la consistance (puisqu'ils n'existent que par la contestation), éventuellement suffisamment pour qu'il fléchisse, mais il est à craindre que même ça, au fond d'eux, ils s'en fichent... Ces gens sont en réalité tout à fait dépourvus d'ambition et sont structurellement des larbins...

L'enemi commun

Ce que Marx n'avait sans doute pas prévu, c'est que la "lutte des classes" et tous les petits soldats qui s'en revendiquent fièrement: les "Lordon", les "Ruffin" et les "Fête de la musique debout" deviendraient les poissons pilotes du pouvoir, le tout formant un énième spectacle dans le spectacle: Le spectacle de la contestation. Et le pouvoir a très bien comprit que c'était du spectacle, une ode à sa suprématie en vérité, puisqu'il s'alerte lui-même que les forces de l'ordre deviennent populaires: Risque dramatique que le spectacle perde de sa substance. En effet, le pouvoir a besoin de contestataires idiots aux apparences agressives, mais au fond dociles, et ces idiots dociles ont besoin d'un "maître oppressif" qui a une certaine consistance pour se sentir exister. Sur un autre niveau, le pouvoir n'a aucun intérêt à ce que le peuple et les forces de l'ordre fraternisent... on comprendra aisément pourquoi.

Et on arrive vite au bout de cette illusion en cherchant qui est l'ennemi commun à ces deux entités que sont les contestataires institutionnels et le pouvoir institutionnel. Car si les Che Guevara en carton pâte et le pouvoir semblent n'être d'accord sur rien, il y'a une chose sur laquelle ils sont d'accord: La "fachosphère", c'est le maaaal...

Mais c'est quoi, au fait la "fachosphère" ? Selon la liste créée par ceux-là mêmes qui sont à l'origine du terme (ie. L'extrême gauche), cette "fachosphère", qui est associé à ce qu'ils appellent la "complosphère", n'est rien d'autre que le (désormais vaste) réseaux de ré-information indépendants et alternatif qui fleurit sur internet. Aussi parmi les plus cités: Egalité & Réconciliation, Agence Info Libre, MetaTV, Le Cercle Des Volontaire... Mais on y trouve également l'UPR, François Asselineau et Etienne Chouard, et bien d'autres encore (la liste est à mourir de rire en réalité).

Évidemment, quiconque à un cerveau encore en état de marche et connaît ces réseaux sait qu'ils ne sont en rien fascistes, et certainement pas les éléments nommés ci-dessus. Ces réseaux n'ont d'ailleurs rien de monolithiques et on y trouve moult couleurs politiques, tendances idéologiques et opinions divergentes. Mais une différence fondamentale peut être saisie en écoutant ce que nous raconte un certain Sylvain Baron (individu qui fut refoulé de la "Nuit Debout" pour être considéré comme membre de la "fachosphère") interviewé par MetaTV: Si d'un coté nous avons un Lordon qui feint à la révolution à plat-ventre, Baron lui n'y va pas par quatre chemin, nomme directement les choses et va droit au but: Il faut destituer François Hollande, le faire condamner pour intelligence avec l'ennemi, constituer un gouvernement de transition, amener les forces de l'ordre à coopérer et rétablir la démocratie (la vraie) en France.... VLAN ! dans ta gueule...

On comprends pourquoi ça fait peur aussi bien a Lordon qu'au gouvernement. Dans un tel processus, plus de place pour les petits tyrans et les faux rebelles. Surtout que pendant que les "nuitdeboutistes" font des concerts techno place de la république et que les syndicats organisent des "grèves générales" parmi les quelques milliers de fonctionnaires qui restent, ces réseaux alternatifs étudient la géopolitique, l'économie, ils informent (sacrilège !) et fédèrent de plus en plus de monde, discrètement, silencieusement.

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