Une réponse inattendu

Issue d'une série de tribulations et de rebondissement improbables, cette réponse à une vielle requêtes m'est finalement parvenu par des voies... enfin bref. Bien que transmise de manière quasi-privé (en effet, un intermédiaire fut récipiendaire du message avant moi, et a donc pris connaissance du message, avant moi), j'ai décidé de le rendre public. Je pense que son auteur ne m'en tiendra pas rigueur, il ne contient pas de codes secret de bombe atomique et aucune vie n'est menacée par son contenu. L'auteur étant par ailleurs anonyme, je pourrais très bien l'avoir écrit moi-même. J'estime que je ne devrais pas être le seul à réfléchir sur le contenu de cette réponse (qui n'est pas non plus révolutionnaire) qui peut trouver sa place selon moi dans un débat ontologique et philosophique classique.

Voici le message (en citation, les citation de mon texte original):


*** de @EpheDanica à 00:48 (le 13/10/2016)

"Madame (NDR: il s'adresse à l'intermédiaire, pas à moi), ayant des difficultés à atteindre la messagerie privée de E. Sedenion - dont le message a été repris sur votre espace de discussion, pourriez-vous lui transmettre ces quelques considérations, en privé, sur ce réseau social (Twitter) ? Vous remerciant chaleureusement, voici le contenu à transmettre :

« Mais ce n'était peut-être pas de l'aide que j'attendais (quand bien même j'en aurais besoin), du moins pas sous cette forme. Mais plutôt de la contradiction bien verrouillé (où ai-je tort, pourquoi, comment, etc.) et éventuellement les informations qu'il me manque pour concevoir une cohérence métaphysique dans ce qui semble être à bien des égares un gigantesque gâchis. »

- Aucune « autorité », sage, scientifique, extraterrestre, divinité, ne peut vous guider sur « la voie ». Votre quête est vaine. Vous devez être, à vous-même, votre propre lumière. Croire qu’un Tiers, aussi grandiose soit-il, puisse détenir la Vérité et pourra vous la transmettre, est une illusion candide. Souvenez-vous de l’aphorisme de la lettre D 78 et l’idée que l’observation elle-même altère la nature de ce qui est observé.

- Il en est de même dans votre raisonnement - le « vôtre » recouvrant, par extension, celui du reste de l’humanité, laquelle fonde ses schémas de pensée selon une logique limitative de type aristotélicienne. Vous diriez « binaire » : être / non être, objet / sujet, intérieur / extérieur, moi / autre, etc.)

- Par ailleurs, n’oubliez pas qu’une autre illusion se nourrit du processus même de la description, c’est-à-dire : l’emploi de mots. Le mot n’est pas la chose. Décrire la couleur « rouge » à un individu non voyant de naissance n’est pas lui permettre d’accéder à la Vérité du rouge.

- La substitution de la Vérité par « l’explication-mot» est une aberration malheureusement courante.

- Quelques considérations concernant vos interrogations légitimes :

« --- Au bout du bout, et une fois le raisonnement sur l'existence rebouclé sur lui-même, aucune métaphysique, aucune religion, aucune croyance ne peut donner du sens à l'existence. »

- Comme il a été suggéré précédemment, votre intuition vous oriente bien vers le fond de la problématique et votre question contient, en elle-même, sa réponse.

- « Donner du sens à l’existence », implique qu’il y ait, nécessairement, une séparation entre la chose qui donne le sens et l’existence elle-même. Or, VOUS ETES l’existence. L’entité qui donnerait du sens, est elle-même l’existence, tout comme le « sens », serait aussi l’existence.

- Tous ces éléments sont existence. La séparation est une illusion de la pensée. L’œil ne peut se voir lui-même seul. S’il utilise un miroir, ce qu’il voit n’est pas l’œil, mais son reflet.

« On peut trouver mille excuses ou mille raisons de "vouloir vivre" plutôt que de mourir tant qu'on reste dans un contexte local. De notre propre égoïsme à profiter des instants de la vie, à quelques pensées altruistes concernant nos proches, sur un plan plus globale, à la survie/progrès de l’espèce, ou encore un dessein divin quelconque, mais au dessus de tout ça, il ne subsiste aucune raison valable à l'existence. »

- Le « vouloir vivre » n’a pas de réalité intrinsèque. C’est une autre illusion. La « volonté » comprend une division entre le fait et ce qu’il devrait être. Tant que vous cherchez une raison à « ce qui est », vous ne voyez pas « ce qui est ». Il y a séparation.

- « Chercher une raison à l’existence » relève du même ordre, une séparation entre « l’existence » et « sa raison ». Pourtant, vous comprenez que « l’existence » IMPLIQUE « sa raison » sans pour autant s’y réduire. Elle l’est, sans y être. Vous devez commencer à percevoir les difficultés de manier ces idées avec une logique formelle aristotélicienne.

- Les outils utilisés ne sont pas adaptés et vecteurs d’importantes confusions.

« Exister, et vouloir exister, est une pulsion irrationnelle, une folie. Je suis généralement aussi peu comprit sur ce plan que je ne comprends mes contemporains. On peut se battre pour la vie, pour la "néguentropie" ou ce qu'on veut, mais il reste inévitablement la question: Pourquoi faire ? pour quelle finalité ? A qui profite le crime (de l'existence) ? Qui serait dérangé, outragé ou triste d'un non-univers, de l’inexistence de toute chose ? Les êtres qui n'existent pas ? Non, puisqu'ils n'existeraient pas... »

- « À qui » témoigne d’une autre forme de confusion. La question n’a pas de sens. Souvenez-vous de la Lettre D33-1 et de l’exemple utilisé : « Pourquoi l’Homme pleut ? ». La teneur de votre interrogation est la même.

- Plus encore, reprenez les éléments décrits précédemment, dans le présent message, en y modifiant votre schéma de réflexion : existerait-il une réelle distinction entre le penseur et sa pensée ? Si le penseur est issu de la pensée, alors en quoi sont-ils différents ? Pour autant, en utilisant cette dichotomie, vous sentez qu’elle « existe ». Dans une logique non bivalente, si le penseur est la pensée, alors le « qui » n’a pas d’essence réelle et votre question perd ses fondements ontologiques.

« Si l'univers est un système totalitaire où il est question de "remplir sa part du contrat" pour satisfaire aux besoins d'une quelconque divinité, soit, mais alors pourquoi s'étonner que le monde ait la forme qu'il a ? Il ne serait jamais que le reflet de l'univers lui-même, un système de concurrence où il y'a des gagnants et des perdants, des "réussis" et des "ratés"... Ou un système où le plus obéissant est le mieux récompensé... On trouvera toujours des "ratés", des "infortunés" de l'existence que le "Divin" ou le "Hasard" aura fait "rebelle" ou "non conforme" aux canons... Pourquoi donc s'émouvoir du cynisme d'un monde injuste, si l'univers est déjà injuste ? »

- En appliquant les éléments de réponses cités auparavant, vous parviendrez à résoudre cette problématique. « Existe-t-il » véritablement de division entre l’Univers et ses parties ? Entre le penseur et ses pensées ? Entre l’observateur et l’observé, etc. ?

- Le processus de « comparaison » est une autre illusion nourrissant l’impression de séparation. Le « raté » n’a d’essence que dans sa comparaison à ce qui est « obtenu », comme toutes les autres valeurs fondées sur une logique différentielle (« jour / nuit », « cru / cuit », « moi / toi », etc.)

« Quand aux objections portant sur le "libre arbitre", je peux les balayer d'un seul argument: Personne n'a demandé à exister. Par quelle obligation donc, devrait-il être "heureux d'être là", remercier qui que ce soit, et se voir affublé de responsabilités (dont virtuellement il n'a jamais voulu) vis à vis de la conduite de son existence ? Toute existence sur terre est le fruit tantôt d'un mécanisme amoral (pulsion biologique de reproduction), tantôt d'un égoïsme (le désirs des parents de faire des enfants). Qu'en est-il à l'échelle cosmique ? »

- Celui qui est « libre » s’oppose, par définition, à toutes formes d’influences, de conditionnements, d’autorités. Pour autant, jouir de « libre-arbitre » implique logiquement le fait « d’exister ». Ne peut être libre celui qui n’existe pas. Le formalisme binaire limite vos possibilités de réflexion et son extension au-delà des considérations purement métaphysiques.

- La problématique du « désir » recouvre d’autres champs complexes nécessitant de plus amples investigations neuro-psycho-biologiques. Selon le versant purement « symbolique » propre à votre logique bivalente, vous comprendrez que ne « désire » que celui qui « manque ». En étendant ce constat aux différents aspects de vos considérations, vous pourrez retourner le sens de votre questionnement.

« Quand j'aborde ce sujet, en général les gens sont tantôt désemparés tantôt paniqués... Il est vrai aussi qu'aucun argument en faveur de la vie ne résiste à l'absence totale de nécessité... Exister n'est pas nécessaire, ce n'est qu'un arbitraire. »

- Ayant compris l’aporie d’opposer « l’existence » à « la nécessité », selon une dimension formelle, votre question recouvre une problématique psycho-ontologique. Le « désir » de l’individu humain peut-il vivre s’il n’est pris dans les propres filets du « désir » d’autrui ? À quoi bon vivre, pour un enfant, si ses parents lui expriment qu’ils ne l’ont pas « désiré » ? Si le désir d’un individu se loge dans celui d’une figure glorifiée, alors quel peut-être le plus bel archétype que celui de la figure divine, à travers l’interrogation de son désir inaccessible et mystérieux ?

« Pour sur, pour qu'une espèce intelligente perdure, il lui faut garder une raison de continuer d'exister et de procréer, au moins par pure hédonisme, sans quoi la logique la conduit inévitablement à cesser de participer à ce jeu absurde. Et très logiquement, toute espèce intelligente qui subsiste dans l'univers, est fatalement pourvu de conformations idéologiques compatibles avec la survie et la nécessité de survivre (ne serait-ce que par obéissance craintive à un commandement divin)... Mais est-ce bien raisonnable ? »

- La « survie » se distingue-t-elle, maintenant, de la « vie » ?

- Espérant avoir su vous orienter vers de nouvelles pistes de réflexion, acceptez de sincères salutations."


***

Commentaires

1. Le mardi 14 février 2017, 13:15 par JPM

Suite à un tweet d'Isabelle G. renvoyant vers un billet du blog de m51 (qui montrait une image d'éphémère), j'ai longtemps cru qu'il était lui-même l'auteur des tweets d'ephedanica...

... jusqu'à ce que je tombe sur ces commentaires, en fouillant un peu plus sur son blog :

http://spiraledelagrandeourse.over-...

vous étiez au courant ?

Cdlt,

Jean-Pierre M.

2. Le mercredi 15 février 2017, 22:46 par Pataproot

Non je n'étais pas au courant de cette interaction entre Ephe et M51... Je pensais que M51 avait pris connaissance d'Ephe sur Twitter, ou via le blog FuturEnFolie, et avait par conséquent fait un clin d’œil à ce sujet dans un de ses articles.

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