Exocontact et perméabilité psycho-immunitaire

E.T est-il vraiment plus sain d'esprit que nous et nos dirigeants ? Voilà une question que peu se posent réellement lorsqu'on parle de contact avec des extraterrestres. Au fond l'être humain terrestre est (comme à son habitude) coincé entre deux options naïves relatives à son inexpérience et sa vision candide de l'univers. Soit E.T est pacifique, et comme il est pourvu d'une technologie propre à nous atomiser, et qu'il ne le fait pas, il est donc super gentil et super sage, tel le christ réincarné (et il est donc là pour nous sauver)... Soit E.T est méchant, et dans cas, il va, en toute logique adopter des attitudes hostiles et manifester des stratégie militaristes identifiés comme le débarquement massif, l'encerclement de la planète par une armée de soucoupe volantes, ou carrément faire exploser une ville en guise de coup de semonce... Partant de là, si E.T accepte de vous parler et de vous sourire, c'est qu'il est gentil et vous respecte. Si il refuse de vous parler et qu'il sort un pistolazer, c'est qu'il est hostile. Le cinéma a achevé d'enfoncer le clou de ces archétypes caricaturaux et naïfs par des films comme Alien, Predator, Rencontre du IIIème type, Starman, Independence Day...

Le Pied Dans La Porte

Le problème, c'est que les politiciens savent sourire, ils parlent bien, les vendeur d'aspirateur à domicile aussi, ainsi que les courtiers en assurance vie. Autant de catégories de personnes dont les objectifs sont purement égoïstes mais qui savent parfaitement tirer partie de votre naïveté pour avoir l'air altruistes et en prime, obtenir de vous ce qu'ils souhaitent. C'est la catégorie des manipulateurs, des roublards, des rois de d'entourloupe. Rare sont ceux qui envisagent E.T capable d'êtres d'aussi infâmes saloperies que nos politiciens véreux, ou ce connard qui nous a fait souscrire à une assurance vie. D'ailleurs, E.T joui souvent par défaut d'une sorte de blanc-seing divin, d'aura christique et magique, le rendant par définition incapable d'être une saloperie vénale et manipulatrice. Sauf que voilà, si E.T est vraiment très intelligent, vraiment plus évolué que nous, nous somme pour lui comme des être primitifs à la psychologie rudimentaire, aux réactions prévisibles. E.T saurait par définition exactement comment nous vriller le cerveau, se foutre de notre gueule, comment profiter de nos failles logiques, de notre naïveté. E.T est potentiellement le meilleur vendeur de téléachat, le plus talentueux publicitaire, le plus doué des commerciaux, la meilleur incarnation du stratège politique que vous n'ayez jamais rencontré: il est capable d'aller plus loin et de faire plus fort que tout ce que vous avez connu jusqu'ici.

Oui Comme In Pisse

Mars Attacks de Tim Burton est un des rare films hollywoodien à prendre la tangente par rapport à la norme binaire, et applique paradoxalement la caricature jusqu'à l'absurde, comme pour mieux se camoufler. Il s'agit bien d'une caricature, mais pas n'importe laquelle. Une lecture superficielle nous donne à voir un presque-navet mettant en scène la parodie d'une banale invasion extraterrestre à la Independence Day. Le spectateur en quête de frisson est déçu, le film ne fait pas peur, il est absurde, le spectateur en quête de rêve fantastique est dégoûté, les extraterrestres sont moches bêtes et méchants, l'intrigue parait d'une pauvreté époustouflante. Le spectateur averti se régale, car le film est un portrait satirique de l'état de la société humaine, et la démonstration de tous les pièges dans lesquels elle est susceptible de tomber en cas de contact avec des extraterrestres. Les personnages archétypaux permettent d'explorer différentes couches et secteurs culturels de la société, qui toutes ou presque, tombent moins dans le piège grossier tendu par les extraterrestre, que dans celui de leurs propres préjugés, de leurs espoirs et de leur orgueil. Dans ce scénario, l'extraterrestre n'a même pas besoin d'être subtile car l'humanité est tellement bête, présomptueuse et naïve qu'elle se tire elle-même une balle dans le pied à chaque étape, niant jusqu'au bout l'évidence par le truchement d'interprétation détournée, plus plaisante que la brutale réalité: E.T ment, il est moche, bête et méchant.

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Le personnage du Professeur Donald Kessler est probablement le plus intéressant du film quand on fréquente la sphère ufologique, car le Professeur Donald Kessler est peu ou prou l'archétype de l'ufologue. Homme de science, rationnel, sur de lui, pensant que sa science, sa méthodologie et son rationalisme le place hors de danger vis à vis des pièges de l'esprit. Il s'estime capable de comprendre l'extraterrestre du fait qu'il s'estime lui-même plus intelligent que ses congénères, et considère que l'extraterrestre, fatalement plus évolué que nous, est par définition pacifique, bienveillant et moral. C'est lui, qui jusqu'au bout réussira à convaincre ses congénère que tout ceci n'est qu'un malentendu culturel, persistant à voir en l'extraterrestre ce qu'il n'est pas, trouvant des raisons confinant à l'absurde pour expliquer en quoi et pourquoi les comportements de l'extraterrestre ne doivent pas êtres interprétés comme hostiles. Il finira par servir de cobaye aux extraterrestres qui trouvent sans doute son obstination aussi amusante que son ego démesuré.

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Une autre grande tendance est représentée par le personnage de Barbara Land, l'hippie fan de New-Age, persuadée que les extraterrestres sont là pour sauver l'humanité. Archétype de l'individu en déphasage avec le monde qui l'entour, idéaliste, déçue par l'humanité et la société... Elle attend un sauveur venu du ciel pour améliorer sa condition et celle de l'humanité, elle rêve d'évolution de conscience, de paix et d'amour. L'extraterrestre est pour elle la promesse d'un avenir meilleur, une voie de sortie, un sauveur venu ouvrir les yeux de ses congénères et faire accéder l'humanité à nouvel état de conscience éclairé. La première confrontation avec les extraterrestres sera pour elle l'occasion d'une grande déception. Néanmoins, contrairement au personnage de Donald Kessler, bien qu'elle s'avère très naïve au premier abord elle percevra immédiatement les intentions hostiles des extraterrestres, se bornant à observer les faits, et fera partie des rares personnages à survivre en un seul morceau à cette invasion.

Les autres personnages ne sont pas moins succulents. Le président des état-unis magistralement interprété par Jack Nicholson, désemparé et à la merci de ses conseillés, tantôt scientifiques tantôt militaires, incapable d'évaluer la situation par ses propres moyens. Le General Casey, préféré comme ambassadeur pour son pacifisme, sera le premier personnage humain du film à mourir. Le Général Decker son exact opposé, belliqueux, paranoïaque, sera mis à l'écart jusqu'au bout à cause de son caractère manifestement trop soupe-au-lait. Lui n'est pas sûr de son cerveau et de son rationalisme comme le Professeur Kessler, mais sûr de ses armes et de sa puissance de feu, et il finira occis compte tenu que ses tactiques "force brute" ne sont pas plus efficaces que les tentatives de négociation hallucinées du Professeur Kessler.

La manipulation mentale et l'Ingénierie sociale comme arme

La première tactique dont vont user les extraterrestres de Mars Attacks pour tromper l'humanité est d'une grossièreté déconcertante: débarquer en affirmant "nous venons en paix". L'actions belliqueuse qui suivra immédiatement cette déclaration déclenchant une injonction paradoxale faisant entrer les cerveaux dans une impasse et un état d'exception logique: C'est le bug cérébral. Il est intéressant d'analyser que dans le film, certains personnages s'attendent tellement à entendre cette phrase, ont un tel désirs d'entendre cette phrase, qu'ils mettront longtemps (voir n'arriveront jamais) a réaliser qu'il s'agit d'un mensonge pur et simple. On constatera également que ce sont les personnages les plus éduqués et sophistiqués qui seront les plus vulnérables à cette tactique, se torturant le cerveau sans fin pour essayer de comprendre, ou plutôt, pour essayer de faire coller leurs désirs avec une réalité désespérément incompatible. Les personnages moins instruits, représentants des couches pauvres et populaires de la société perçoivent immédiatement le problème, ils ne sont pas sensibles au discours, et mues par un réflexe de survie primaire et une analyse de la situation dénué de toute sophistication, ils se bornent à analyser les actes, et fuir pour survivre ou combattre et périr. Aussi, le film met l'accent sur le caractère parfaitement inefficient de la technologie pour combattre les extraterrestre, même la plus rudimentaire. En effet, Tim Burton a poussé l'image jusqu'à faire mourir bêtement tous les personnages usant d'une arme à feu. Seul un boxeur, combattant au corps à corps arrive à leur tenir tête (un temps seulement), quand à ce qui viendra finalement à bout des extraterrestres, c'est un élément absurde, décontextualisé, découvert par hasard.

Comment ne pas voir que nous sommes désespérément vulnérables à de simples tactiques de manipulation ? Les espoirs que nous plaçons en l’extraterrestre, la confiance démesurée qu'on lui accorde par défaut, le désir profond de communion et d'échange, la recherche ou l'attente d'un sauveur, d'un plus sage que nous, sont autant de failles béantes facilement exploitables par n'importe quelle ethnie extraterrestre un tout petit peu maligne. Et Mars Attacks est une caricature, l'expression grossière d'un scénario grossier, qui paradoxalement, pourrait déjà presque marcher. Alors quelle serait nos moyens de défense face à des tactiques plus rusées, émanant d’entités patientes, œuvrant sur des décennies voir des siècles, pour préparer leur venu, et justifier, auprès d'une population subjuguée, leur supériorité et leur devoir morale de sauver l'humanité d'elle-même ? Car évidemment, une ethnie intelligente et maligne pousserait la technique du "nous venons en paix" jusqu'à son paroxysme, en une sophistication qui irait au delà de ce que tous les Professeurs Kessler de la terre pourraient imaginer: Ils sauraient tirer partie de la moindre de nos faiblesse, nous induire à nous détester nous-même, à réclamer nous-même qu'on nous vienne en aide, à réclamer qu'on nous emprisonne. Comme un individu sain d'esprit qu'un psychiatre arriverait à persuader à ses propres yeux qu'il est fou, au point qu'il se livre de lui-même à l’hôpital psychiatrique pour s'enfiler tout seule une camisole de force... Pensez-vous qu'un extraterrestre vraiment intelligent n'arriverait pas à faire ça ? Il le peut, il a la technologie, il a le savoir-faire, il a la science pour le faire... Toute la question est de savoir si il en a l'intention et comment nous pouvons nous prémunir contre ce genre de chose.

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